Stephano PeRroco


Comment êtes-vous arrivé aux masques ?

Je suis arrivé aux masques par hasard, en 1976.
Il y avait à l’époque une révolution culturelle en Italie. Des Grèves s’étaient abattues su la biennale de Venise.
Je viens de Mirano à 15 km de Venise dans la région de Riviera del Brenta où se passe l’intrigue de la Villegiature de Goldoni.
A l’époque, après 1968, la Commune de Mirano a bâti un centre culturel où des gens de théâtre sont venus travailler : Georgio Strehler, Peter Brook, Grotovski. Parmi eux, un dénommé Donato Sartori, fils d Hamleto Sartori fabricant de masques ayant réinventé les techniques de construction de masques après la Seconde Guerre Mondiale.

Le centre culturel proposait des ateliers pratiques dirigés par Sartori. Moi, à l’époque, j’étais technicien pisciniste. J’aimais la technique, la mécanique et l’électricité. Je n’avais a priori aucune raison de rencontrer Sartori et encore moins d’apprendre à ses côtés. Mais la vie en a voulu autrement. On a fait appel à moi, un jour, car sur un tournage de cinéma aux alentours, ils avaient un problème d’électricité que j’ai réglé. J’ai rencontré les gens de l’équipe, fréquenté leurs amis jusqu’à ce que cela m’amène jusqu’à Sartori. J’ai donc participé à ses stages (moi, le pisciniste) et j’ai naturellement rencontré des hommes de théâtre qui avaient besoin de masques.

A quel moment êtes-vous venu en France ?

J’ai fait connaissance avec Carlo Boso, comédien, metteur en scène, spécialiste de commedia dell’ arte, et il m’a amené avec lui en France où il enseignait l’art du masque aux comédiens. Nous avons monté des stages professionnels de jeu masqué et cela a connu un engouement certain. Ainsi avons-nous formé en 15 ans près de 4000 acteurs.
A l’époque, en France, il y avait une petite vingtaine de créateurs de masque et je me suis glissé parmi eux.

Comment avez-vous connu le Studio Albatros ?

Je suis arrivé en France en 1999. Avant cela j’avais beaucoup travaillé en Espagne tout en gardant toujours un pied en Italie. En 2001, j’ai animé des stages à l’Albatros et j’ai rencontré Lucien Chemla. Il m’a proposé d’y installer mon atelier, ce que j’ai fait quelques années plus tard.

Si vous deviez définir le lieu, que diriez-vous ?

C’est un projet magnifique où il y a des fuites d’eau partout (rires). C’est une friche industrielle et c’est pour un artisan comme moi, beaucoup mieux que du neuf. On y côtoie d’autres artistes et j’y organise des stages dans mon atelier.

Vous donnez le sentiment d’être un travailleur inépuisable !

C’est vrai, je passe ma vie à travailler. Je suis un homme d’engagement. Et je pense, entant qu’artisan de la culture, le travail comme une sorte de devoir moral. Je collabore beaucoup avec des petites compagnies pour lesquelles je construis maques et décors. Je donne de mon temps, de mon énergie aux projets qui viennent à moi pour que l’art continue de se faire. Je me définis aussi comme un homme de transmission. Dans mon atelier, il y a toujours des apprentis, des jeunes ou moins jeunes qui viennent apprendre le métier. Je crois que le théâtre n’est pas un travail muséal, la culture n’est pas quelque chose qu’on doit conserver, c’est quelque chose qu’on doit alimenter.

J’ai choisi une vieille discipline pour la transmettre et j’accueille dans mon atelier des artistes du monde entier.

Ce mois-ci, dans votre atelier, se déroule un stage européen, pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai crée l’association Stephano Perroco et au sein de celle-ci j’ai monté un stage professionnel européen réunissant des artisans serbes, polonais, allemands, hongrois autour de la fabrication du masque.
Pendant deux ans, les participants seront présents à des ateliers ponctuels, ici à l’Albatros.
Je suis très fier de cette initiative et impatient de voir la synergie qui va en résulter.

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